Qui finance les innovations qui sauvent des mères et des nouveau-nés ?
Que se passe-t-il lorsque des innovations qui sauvent des vies stagnent, non pas parce qu'elles ne fonctionnent pas, mais parce que personne ne veut payer ?
C’était la question délicate au cœur de notre récente réunion Conversation réelle Dans cette série, trois experts ont abordé un sujet dont on parle souvent à voix basse dans les couloirs, mais qu'on exprime rarement à voix haute : Qui devrait financer les innovations en matière de santé maternelle et néonatale (SMN) ?
La conversation a réuni Aparna Kamath of Grands Défis Canada, Rubayat Khan à partir de Réseau sans fin et Jean-Philbert Nsengimana, Conseiller numérique en chef chez CDC Afrique et l'ancien ministre de la Jeunesse et des TIC du Rwanda. Chacun a offert un point de vue franc sur les raisons pour lesquelles les solutions éprouvées n'atteignent pas les populations qui en ont le plus besoin, et sur ce qu'il faudra faire pour changer cela.
Là où meurent les bonnes idées
Nous connaissons l'histoire : une innovation est testée, elle fonctionne, elle a même un impact. Et puis… plus rien.
Jean-Philbert l'a dit sans détour : « Le cimetière des pilotes est encore plein. »
L'échec n'est pas forcément négatif ; tout écosystème d'innovation sain a besoin d'expériences qui ne donnent pas de résultats. Mais quand Les projets pilotes réussis ne parviennent pas à être généralisés.C’est à ce moment-là qu’il faut tirer la sonnette d’alarme. Selon PATH Au-delà du pilotage rapport, 87 % des projets pilotes de santé numérique dans les pays à revenu faible et intermédiaire ne dépassent jamais le stade pilote.Ce n'est pas seulement de l'inefficacité, c'est une occasion manquée de sauver des vies.
Pourquoi les pilotes performants connaissent-ils des décrochages ?
Les raisons sont complexes, mais plusieurs thèmes se sont dégagés au cours de la discussion :
Contraintes budgétaires
Malgré l'engagement pris dans la Déclaration d'Abuja de 2001 d'allouer 15 % des budgets nationaux à la santé, la plupart des pays à revenu faible et intermédiaire y consacrent moins de 1 % de leur PIB. Après avoir couvert les coûts hospitaliers et de personnel, il ne reste que peu de ressources pour l'innovation. Le retrait de l'aide étrangère réduit encore davantage les marges de manœuvre budgétaires pour de nouvelles solutions.
Paralysie décisionnelle
L'innovation progresse plus vite que les décisions gouvernementales. Aparna a souligné que, le temps que les ministères rassemblent les données et obtiennent les autorisations nécessaires, la technologie a peut-être déjà évolué ou les priorités politiques ont changé. Ce décalage engendre de l'incertitude et freine l'adoption des nouvelles technologies.
Des délais irréalistes
Les bailleurs de fonds s'attendent souvent à ce que les gouvernements adoptent des projets pilotes concluants dans un délai de 12 à 18 mois. En réalité, les cycles d'acquisition peuvent durer de trois à cinq ans, voire plus. Ce décalage crée ce qu'Aparna a appelé la « vallée de la mort », où les bailleurs de fonds se retirent juste au moment où les gouvernements se préparent.
Goulots d'étranglement dans l'approvisionnement
Les systèmes de marchés publics n'ont jamais été conçus pour les solutions numériques de santé évolutives. Ils ont été pensés pour les routes et les bâtiments, des projets qui peuvent être planifiés des années à l'avance. Comme l'expliquait Jean-Philbert, tout ce qui ne figure pas dans le plan d'approvisionnement n'est tout simplement pas acheté, aussi révolutionnaire soit-il. Lorsqu'une innovation a enfin fait ses preuves, le cycle budgétaire est déjà bouclé, ce qui laisse peu de marge de manœuvre.
Lacunes de confiance
Même lorsque des financements sont disponibles, la confiance entre les gouvernements et les innovateurs fait souvent défaut. Rubayat a souligné que de nombreux projets pilotes sont lancés sans concertation préalable avec les ministères, ce qui crée un décalage entre les priorités et les attentes. Les gouvernements s'interrogent sur la capacité du secteur privé à répondre réellement à leurs problèmes, tandis que les innovateurs peinent à s'orienter dans un environnement réglementaire opaque. En l'absence de confiance et de mécanismes de collaboration clairs, les projets pilotes, même les plus prometteurs, risquent de rester des expériences isolées plutôt que des solutions intégrées.
Besoin vs Demande
Les innovateurs conçoivent souvent en fonction d'un besoin sans se demander s'il existe une demande, c'est-à-dire une personne disposée et capable de payer. Jean-Philbert l'a parfaitement résumé : « Il pourrait y avoir une lacune sur le marché, mais y a-t-il un marché pour cette lacune ? » Si personne n'est disposé à payer, l'innovation stagne.
Le rôle du gouvernement et ses limites
Les gouvernements sont des acteurs essentiels, notamment dans les systèmes de santé des pays à revenu faible et intermédiaire. Mais leur rôle n'est pas toujours d'être le principal financeur à grande échelle. Jean-Philbert nous a rappelé que lorsqu'il y a aucun marché dans l'écart (En particulier pour certaines de nos mères et nouveau-nés les plus vulnérables), il s'agit d'une défaillance du marché, et les gouvernements doivent intervenir. Mais s'il y a is Dans un marché, nous pouvons mettre en œuvre des modèles commerciaux liés au marché sans pour autant considérer l'État comme l'unique solution.
Cela signifie que les innovateurs et les bailleurs de fonds doivent envisager d'autres solutions que le transfert inévitable de responsabilités à l'État. Les partenariats, les financements mixtes et les modèles du secteur privé peuvent – et doivent – jouer un rôle.
Le problème de « plomberie »
Rubayat a soulevé une autre vérité dérangeante : les donateurs adorent financer les innovations prometteuses, mais pas les infrastructures – les politiques, les systèmes et les facteurs qui permettent à ces innovations de réussir. Sans investissement dans infrastructure numérique publique, cadres réglementaires et réforme des marchés publics, même les meilleurs outils restent coincés entre le prototype et la pérennité.
Centres de contrôle et de prévention des maladies africains Marché de la santé numérique L'un des points positifs réside dans la sélection de solutions éprouvées et leur présentation aux gouvernements afin de réduire l'indécision. Toutefois, ces investissements facilitateurs restent l'exception, et non la norme.
Points positifs et solutions émergentes
Il y a des raisons d'être optimiste. TyrolienneLe modèle de livraison par drone de l'entreprise a pu se développer grâce à un partenariat tripartite : capital-risque, philanthropie et adhésion du gouvernement. LaitLe modèle de location de tire-lait de [nom de l'entreprise] illustre comment l'innovation en matière de modèles commerciaux peut faciliter l'accès aux soins pour les travailleurs à faibles revenus. Par ailleurs, les laboratoires d'innovation et les achats « axés sur les défis » (actuellement mis en œuvre à titre expérimental au Rwanda, au Sénégal et en Tunisie) offrent aux gouvernements la possibilité d'expérimenter sans être entravés par des règles rigides.
Les efforts de coordination portent également leurs fruits. Africa CDC a récemment réuni des donateurs afin d'harmoniser les investissements et de réduire les doublons, une étape cruciale pour remédier à ce que Rubayat a qualifié de « défaillance de la coordination » au sein de l'écosystème.
C'est tellement injuste de continuer à assister à des décès maternels alors que des solutions existent.
Que signifie cela pour MNH ?
Pour Jean-Philbert, la réponse était l'urgence : « C’est tellement injuste de continuer à assister à des décès maternels alors que des solutions existent. »
Pour Aparna, l'essentiel était de se concentrer sur l'essentiel : nous n'avons pas besoin de technologies plus sophistiquées. Nous avons besoin d'innovation dans la manière de déployer à plus grande échelle ce qui fonctionne déjà.
Et Rubayat nous a rappelé l'essentiel : nous nous sommes tellement concentrés sur le traitement des maladies que nous avons oublié que l'objectif des soins de santé est de maintenir les gens en bonne santé. La mise en place de systèmes de soins primaires résilients et l'autonomisation des communautés doivent faire partie intégrante de la solution.
Conclusion
Si nous voulons sauver des vies, nous devons innover non seulement dans le domaine technologique, mais aussi dans… financement, partenariats et politiques. Cela signifie :
- Les donateurs doivent contribuer aux travaux de plomberie, et pas seulement aux objets de luxe.
- Les gouvernements doivent remédier aux défaillances du marché.
- Les innovateurs doivent concevoir en vue de l'intégration dès le premier jour.
- La mise à l'échelle nécessite du temps et des systèmes.
La conversation ne s'arrête pas là. Rejoignez-nous sur IMNHC 2026 à NairobiDans ce contexte, le financement de l'innovation sera au cœur des préoccupations. Car la question n'est pas de savoir si les innovations en matière de santé maternelle et infantile fonctionnent, mais plutôt si nous sommes prêts à investir dans ce qui fonctionne.